L’Hiérodoule

By Éphraïm Mikhaël

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

Dans le triomphe bleu d’un soir oriental

Elle s’accoude avec une lente souplesse

Au rebord lumineux de la terrasse, et laisse

Ses cheveux étaler leur deuil sacerdotal.

La ville sainte aux toits baignés de lueurs blanches

Est pleine de rumeurs d’épouvante, et là-bas,

Dans le Bois pollué par le sang des combats,

Des feux semblent des yeux cruels entre les branches.

Les hommes durs venus de pays innommés

Fouleront ce matin le sol du sanctuaire ;

Près des murs, attendant l’aurore mortuaire,

Veillent, silencieux, des cavaliers armés.

Et vers le ciel pareil aux cuirasses brunies

Que hérissent des clous brillants, leur rude main

Lève de longs buccins d’or qui seront demain

Les annonciateurs sacrés des agonies.

Des femmes, leurs seins nus caressés de clartés,

Dans de grands parcs plantés d’hiératiques chênes

S’attardent à rêver des souillures prochaines

Et s’apprêtent pour les mauvaises voluptés.

Mais, dédaignant le songe humain des vils désastres,

L’hiérodoule au cœur d’éternel diamant

Dans la suprême nuit regarde éperdument

L’hiver du ciel blanchi par le givre des astres.