L’hirondelle et le rossignol
By Marceline Desbordes-Valmore
Written 1830-01-01 - 1830-01-01
Prête à s’élancer, joyeuse,
Aux libres plaines des cieux,
L’Hirondelle voyageuse
À la saison pluvieuse
Jetait un long cri d’adieu.
Sous un chêne solitaire
Elle entend le rossignol ;
Sa voix lui fut toujours chère ;
Et la jeune passagère
Écoute, et suspend son vol.
Elle recueille, attentive,
L’accent qui cherche le cœur ;
Mais ce chant qui la captive,
Dans sa mesure moins vive,
N’exprime plus le bonheur !
« À quoi rêvez-vous, dit-elle ?
Les zéphyrs sont au beau temps ;
Sur la rive maternelle
Le doux printemps vous appelle ;
N’aimez-vous plus le printemps ?
— Sauvez-vous, pauvre petite,
Sans me demander pourquoi
J’ai choisi ce sombre gîte :
L’oiseleur, qu’en vain j’évite,
Vous l’apprendrait mieux que moi. »
Alors autour du grand chêne
Elle entrevoit des réseaux ;
Gémissante et hors d’haleine,
Elle veut briser la chaîne
Du roi des petits oiseaux.
« Vous n’êtes pas assez forte,
Dit-il ; mais consolez-vous.
Du monde il faut que tout sorte ;
Dieu n’y plaça qu’une porte,
Et la Mort l’ouvre pour tous.
Sur cette plage étrangère,
Égales à leur réveil,
Et la reine et la bergère,
Sous le marbre et la fougère,
Dorment du même sommeil.
Sous cette loi simple et juste
On voit passer tour à tour
L’oiseleur, l’oiseau, l’arbuste,
Les rois et leur race auguste :
J’y passerai donc un jour.
Mais des rois l’ombre incertaine
Demande grâce souvent
Au destin qui les entraîne :
L’oiseau blessé qui s’y traîne
Se repose en arrivant.
Là, de la flèche empennée
Tous les traits sont amortis ;
Et la mère infortunée,
Libre, et désemprisonnée,
Chante auprès de ses petits !
Si votre pitié naïve
Ne craint pas de nouveaux pleurs,
Cherchez, au bord de la rive,
Une feuille fugitive
Où sont gravés mes malheurs . »
Sous l’ombre mystérieuse
La feuille alors murmura ;
Et, longtemps silencieuse,
Plus triste que curieuse,
L’Hirondelle soupira.
« Adieu donc, s’écria-t-elle,
Puisqu’il faut partir sans vous !
Puisse une feuille nouvelle,
Quelque jour, à l’Hirondelle
Révéler un sort plus doux ! »