L'homme et dieu
Written 1870-01-01 - 1870-01-01
Mon Dieu ! que d'orphelins, de veuves, de victimes,
De deuils et de douleurs, de souffrances intimes !
Devant un tel fléau, le premier des bienfaits,
Pour les deux nations, c'est aujourd'hui la paix !
En toi, Dieu des humains, tout notre espoir se fonde ;
Ah ! sous des flots de sang, laisserais-tu ce monde ?…
Viens à nous, sans tarder, après tant de vautours,
Colombe de la paix, pour consoler nos jours !
O vous, anges des cieux, un voile de tristesse
N'a-t-il pas obscurci votre sainte allégresse ?
Avez-Vous pu chanter, sans des pleurs dans la Voix,
Vos cantiques divins au pied du Roi des rois ?
Avez-vous pu chanter Vos louanges sublimes,
Quand triomphaient ici les haines et les crimes ?
Quand la terre est en deuil, le ciel est-il joyeux ?
Avez-vous pu chanter la gloire des saints lieux ?…
Je le demande encor, vous les justes, les anges,
Et vous les Séraphins des célestes phalanges,
Devant tant de malheurs, n'étiez-Vous pas émus ?
N'avez-vous pas pleuré, comme autrefois Jésus ?
Aux demeures d'en-haut, la nombreuse assemblée
Par le cri des humains ne peut être troublée.
Dans les splendeurs du ciel tous les sens sont ravis,
Et le bruit des combats n'atteint pas ses parvis !
Il faut chanter d'ailleurs pour accueillir les frères
Tombés sous les drapeaux des luttes meurtrières.
Il faut chanter pour eux les hymnes de la paix
Auprès du Dieu d'amour qu'on bénit à jamais !
Si l'on chante déjà pour les âmes glanées,
On doit chanter bien plus pour celles moissonnées !
Qu'elle est douce la paix après tant de combats,
Et que sa palme est belle en la main des soldats !!!
O Dieu de charité, d'amour et de justice,
O Toi, qui ne veux pas que l'orphelin périsse,
Toi, le Dieu de la veuve et du pauvre l'appui,
Écoute qui t'invoque et l'exauce aujourd'hui !
Vois la mère qui prie et son enfant qui pleure
Près du sombre foyer de leur triste demeure ;
Oh ! laisses-toi fléchir par leurs gémissements ;
Ils sont à tes genoux, apaise leurs tourments !
L'obscurité se fait sur cette pauvre terre,
Quand la bonté de Dieu devient un grand mystère,
Quand pour le pénétrer notre esprit se confond
Et qu'on se penche en vain pour en trouver le fond.
L'obscurité se fait quand soudain, dans notre âme,
S'éteint en vacillant une divine flamme,
La flamme de la foi, l'amour de l'infini,
Sans lequel, ici-bas, notre cœur est terni.
L'obscurité se fait, quand une main fatale
Abuse du pouvoir de la force brutale ;
Quand l'orgueil du vainqueur et le crime odieux
Se suivent le front haut sous la Voûte des cieux !
Brillez au firmament ! brillez pures étoiles !
Car la nuit du péché répand sur nous ses voiles.
Pour que l'astre scintille, il faut l'obscurité,
Et le ciel aussitôt resplendit de clarté !