L'homme rangé

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Maint vieux parent me répète

Que je mange ce que j'ai.

Je veux à cette sornette

Répondre en homme rangé :

Quand on n'a rien,

Landerirette,

On ne saurait manger son bien.

Faut-il que je m'inquiète

Pour quelques frais superflus ?

Si ma conscience est nette,

Ma bourse l'est encor plus.

Quand on n'a rien,

Landerirette,

On ne saurait manger son bien.

Un gourmand dans son assiette

Fond le bien de ses aïeux ;

Mon hôte à crédit me traite ;

J'ai bonne chère et vin vieux.

Quand on n'a rien,

Landerirette,

On ne saurait manger son bien.

Que Dorval, à la roulette,

À tout son or dise adieu :

J'y joûrais bien en cachette ;

Mais il faudrait mettre au jeu…

Quand on n'a rien,

Landerirette,

On ne saurait manger son bien.

Mondor, pour une coquette,

Se ruine en dons coûteux ;

C'est pour rien que ma Lisette

Me trompe et me rend heureux.

Quand on n'a rien,

Landerirette,

On ne saurait manger son bien.