Liberté, égalité, fraternité

By Jean Aicard

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Quand nous saurons bien tous que nous sommes des frères,

Quand l’amour coulera dans le sang de nos cœurs ;

Debout sur les engins des haines et des guerres,

Quand vainqueurs et vaincus s’embrasseront, vainqueurs ;

Quand, reniant le trône, un roi dira : « J’abdique !

J’abdique les hauteurs… je dois régner d’en bas ! »

Quand on aura compris la sainte République,

Quand les peuples n’auront ni prêtres ni soldats !

Quand on ne verra plus sous les splendeurs célestes

Le théâtre forain, l’auberge aux toits branlants ;

Quand les forts et les grands n’auront plus sur leurs vestes

Les tatouages d’or des bouffons ambulants !

Quand l’homme bénira Dieu, créateur des mondes,

Ou dira : « Je ne puis monter jusqu’à la foi !

Ô Dieu qui t’es voilé de ténèbres profondes,

Laisse-moi seul ! je vais, sans plus songer à toi ! »

Quand les foules, bien haut par l’Esprit emportées,

Jetteront dans l’oubli l’inutile douleur,

Quand douteurs et croyants, et sublimes athées

Éclairciront les nuits de l’esprit par le cœur !

Quand la science et l’art par leurs portes divines

Montreront l’inconnu : la Vie ou le Néant !

Quand tous les cœurs auront dans toutes les poitrines

La régularité des flux de l’Océan !

Quand nous marcherons tous dans la même pensée,

Cherchant un seul but, même en des chemins divers ;

Quand vers ce but sera sans relâche fixée

Toute la volonté ferme de l’Univers !

Alors viendra la Paix, la grande Nourricière !

Alors plus de patrie ! un seul peuple de dieux !

L’Égalité luira vivante sur la terre !

La Liberté vivra splendide sous les cieux !