L’Idéal

By Auguste Brizeux

Written 1874-01-01 - 1874-01-01

TOUS le voyaient en rêve aux terres atlantiques,

Et, malgré les boas et les serpents ailés,

Chercheurs d’El-Dorado, les voilà tous allés

Au pays lointain des Caciques.

Là, sur un lit d’onyx et de saphirs, il dort,

Le vieillard idéal couvert de poudre d’or !

Au pays lointain des Caciques

Heureux, nouveaux Jasons, ceux-là qui sont allés !

Qu’importent les boas et les serpents ailés,

Si l’on suit son beau rêve aux terres atlantiques ! —

Fantôme du bonheur, son ombre, son reflet,

Que vous attirez l’âme humaine !

Ah ! s’il est un bonheur pur, durable, complet,

Anges, emportez-nous vers son riche domaine !

Dieu sur tout l’univers refléta sa beauté.

Notre âme par instinct cherche la belle image,

Et, croyant la saisir, frémit de volupté ;

O mers, cieux étoilés, vallons pleins de ramage,

Où l’homme bien souvent poursuit son idéal,

Jusqu’au divin auteur transmettez cet hommage !

Heureux les cœurs saisis d’un amour virginal,

L’un dans l’autre absorbés comme en leur bien suprême :

« Enfin, murmurent-ils, j’ai l’être sans égal ! »

C’est que l’objet aimé nous semble Dieu lui-même. —

Fantôme de l’amour, son ombre, son reflet,

Que vous entraînez l’âme humaine !

Anges, emportez-nous vers le brûlant domaine

Où rayonne l’amour pur, durable, complet !

Des âmes ont trouve des ailes

Pour voler avant l’heure aux choses éternelles.

Elles ont vu, — l’Amour, dissipant tout brouillard,

Fervent, leur déroulait ses plaines infinies, —

Enfin elles ont vu le mystique vieillard !

O saint El-Dorado, roi des sphères bénies,

Après ta grande voix que sont nos harmonies ?

Nos rubis sont les feux de ton ardent regard.

Pour voler avant l’heure aux choses éternelles,

Des âmes ont trouvé des ailes.