L'inoculation
Written 1883-01-01 - 1883-01-01
« La petite vérole est un mal, belle Agnès,
» Dont, passé dix-huit ans, on ne guérit jamais, »
Dit un jeune Esculape, « ou du moins, c'est bien rare ;
» Vous en avez quatorze ; à mes soins fiez-vous,
» Que d'un poison traître et barbare
» Je sauve avec vos jours des charmes aussi doux ;
» Souffrez enfin… que je vous inocule.
» ‒ Oh ! vous me ferez mal. ‒ Très peu.
» Vous verrez que ce n'est qu'un jeu ;
» Votre frayeur est ridicule.
» ‒ A demain. ‒ Aujourd'hui. ‒ Non, non ‒ Soit, à demain. »
Le lendemain, Agnès toujours tremble et résiste ;
Notre inoculateur, comme on le croit, persiste ;
Il fait l'insertion autre part que Tronchin.
Agnès crie, ensuite se prête
A ses efforts. L'opération faite,
‒ « Que n'allez-vous, » dit-elle, « votre train ?
» Vous n'auriez qu'à m'avoir manquée ! »
Il double, il triple, il cesse. ‒ « Encore un autre grain,
» Quand j'en devrois être marquée ! »