L'inquiétude
Written 1801-01-01 - 1815-01-01
Sais-tu pourquoi cet inquiet tourment
De mon bonheur empoisonne l'ivresse ?
Sais-tu pourquoi dans le plus doux moment
Mon œil distrait se voile de tristesse ?
Pourquoi souvent à ta main qui la presse
Ma froide main répond négligemment ?
Le sais-tu ? Non. Connais donc ma faiblesse.
Mis, tu le peux, de mes travers nouveaux ;
Je suis jaloux, et jaloux sans rivaux !
Quand le présent m'enivre de délices,
Dans le passé je cherche des supplices.
Ton cœur, réponds sans nul déguisement, *
N'a-t-il battu que pour moi seulement ?
Durant les nuits, à l'heure où tout sommeille,
Jamais, dis-moi, les traits d'un autre amant
N'ont-ils troublé tes songes ni la veille ?
Le regard fixe et le sein oppressé,
Te rappelant une image trop chère,
N'as-tu jamais, le soir, près de ta mère,
Laissé tomber le travail commencé ?
Tu me dis j'aime, et d'une voix si tendre !
Ce mot charmant, pour moi seul l'as-tu dit ?
Que sais-je ? Un autre avant moi l'entendit
Peut-être !… Eh bien ! je ne puis plus l'entendre
Pardonne, hélas ! dans mon trouble fatal,
Je te parais injuste, ingrat ; mais j'aime !
Ah ! songe bien que pour l'amour extrême
Un souvenir est encore un rival.