L'internationale

By Eugène Pottier

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

C'est la lutte finale :

Groupons-nous, et demain,

L'Internationale

Sera le genre humain.

Debout ! les damnés de la terre !

Debout ! les forçats de la faim !

La raison tonne en son cratère,

C'est l'irruption de la fin.

Du passé faisons table rase,

Foule esclave, debout ! debout !

Le monde va changer de base :

Nous ne sommes rien, soyons tout !

Il n'est pas de sauveurs suprêmes :

Ni Dieu, ni César, ni tribun,

Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !

Décrétons le salut commun !

Pour que le voleur rende gorge,

Pour tirer l'esprit du cachot,

Soufflons nous-mêmes notre forge,

Battons le fer quand il est chaud !

L'État comprime et la loi triche ;

L'Impôt saigne le malheureux ;

Nul devoir ne s'impose au riche ;

Le droit du pauvre est un mot creux.

C'est assez languir en tutelle,

L'Égalité veut d'autres lois ;

«Pas de droits sans devoirs, dit-elle,

»Égaux, pas de devoirs sans droits !»

Hideux dans leur apothéose,

Les rois de la mine et du rail

Ont-ils jamais fait autre chose

Que dévaliser le travail ?

Dans les coffres-forts de la bande

Ce qu'il a créé s'est fondu.

En décrétant qu'on le lui rende

Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous soulaient de fumées,

Paix entre nous, guerre aux tyrans !

Appliquons la grève aux armées,

Crosse en l'air et rompons les rangs !

S'ils s'obstinent, ces cannibales,

A faire de nous des héros,

Ils sauront bientôt que nos balles

Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, paysans, nous sommes

Le grand parti des travailleurs ;

La terre n'appartient qu'aux hommes,

L'oisif ira loger ailleurs.

Combien de nos chairs se repaissent !

Mais, si les corbeaux, les vautours,

Un de ces matins, disparaissent,

Le soleil brillera toujours !

C'est la lutte finale :

Groupons-nous, et demain,

L'internationale

Sera le genre humain.