L’introuvable

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Je cherche l’introuvable et la suprême Amie,

Chants et cœur de Sirène, âme et chants de Lamie,

La chère, la très chère hypocrite aux yeux doux :

Elle aime les fleurs d’or, l’éclat des faux bijoux,

Et les fards qui la font plus blanche que l’albâtre ;

Elle aime l’artifice imagé du théâtre,

Et préfère au soleil la clarté des flambeaux ;

Le miracle l’attire, elle a peur des tombeaux ;

Triste parfois, lascive et chaste tout ensemble,

Elle m’endort : l’odeur de son baiser ressemble

Au poison des lotus que la lune fleurit ;

L’unique perfidie habite son esprit :

Son geste est une embûche et sa caresse un piège ;

Son rire est feint, sa voix parjure et sacrilège ;

Chacun de ses regards est une trahison.

Mais c’est elle qui doit consoler ma raison,

Car ma foi se réserve à l’Amie éternelle

Qui mentira si bien qu’on pourra croire en elle.