L'Introuvable

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Ton amour est-il pur comme les forêts vierges,

Berceur comme la nuit, frais comme le Printemps ?

Est-il mystérieux comme l'éclat des cierges,

Ardent comme la flamme et long comme le temps ?

Lis-tu dans la nature ainsi qu'en un grand livre ?

En toi, l'instinct du mal a-t-il gardé son mors ?

Préfères-tu, — trouvant que la douleur enivre, —

Le sanglot des vivants au mutisme des morts ?

Avide de humer l'atmosphère grisante,

Aimes-tu les senteurs des sapins soucieux,

Celles de la pluie âcre et de l'Aube irisante

Et les souffles errants de la mer et des cieux ?

Et les chats, les grands chats dont la caresse griffe,

Quand ils sont devant l'âtre accroupis de travers,

Saurais-tu déchiffrer le vivant logogriphe

Qu'allume le phosphore au fond de leurs yeux verts ?

Es-tu la confidente intime de la lune,

Et, tout le jour, fuyant le soleil ennemi,

As-tu l'amour de l'heure inquiétante et brune

Où l'objet grandissant ne se voit qu'à demi ?

S'attache-t-il à toi le doute insatiable,

Comme le tartre aux dents, comme la rouille au fer ?

Te sens-tu frissonner quand on parle du diable,

Et crois-tu qu'il existe ailleurs que dans l'enfer ?

As-tu peur du remords plus que du mal physique,

Et vas-tu dans Pascal abreuver ta douleur ?

Chopin est-il pour toi l'Ange de la musique,

Et Delacroix le grand sorcier de la couleur ?

As-tu le rire triste et les larmes sincères,

Le mépris sans effort, l'orgueil sans vanité ?

Fuis-tu les cœurs banals et les esprits faussaires

Dans l'asile du rêve et de la vérité ?

— Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe !

La bouche de la femme est donc close à jamais

Que, nulle part, le Oui de mon âme n'en tombe ?…

Je l'interroge encore et puis encore… mais,

Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe !