Liouba
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
L'air est plein de vagues murmures…
Près de la haie où sont les mûres,
Que vont dépouiller les enfants ;
Dans le sentier et sur la rive,
Des monts, de la plaine, il arrive
Des bruits joyeux et triomphants !
Le sont les gais battements d'ailes
Des amours fervents et fidèles
S'en allant aux blanches clartés,
De la lune qui les contemple,
Chercher, pour y bâtir un temple,
Les réduits les plus écartés ;
Le sont les souffles, les haleines,
S'échappant des corolles pleines
Des plus voluptueux parfums ;
L'est le palpitement des fièvres,
Le bruit des baisers sur les lèvres,
Emportant les ennuis défunts ;
L'est, au fond des chères retraites,
Le chant et les hymnes secrètes
Des beaux amants fêtant Éros ;
Éros, le dieu des guerres douces,
Et dont les flèches, sur les mousses,
Doublent l'ardeur de ses héros !
Éveille-toi ! — Viens ! les étoiles
Pleuvent l'amour ! — Comme les toiles
Des tentes de Kédar, que Tyr
Pour sa pourpre vive préfère,
Les souples lianes vont faire
Des rideaux pour nous garantir !
L'est la nuit aux baisers, mignonne !
Viens ! tu seras ma compagnonne,
Allons-nous-en par les sentiers ;
Allons-nous-en par les allées,
Où vont les odeurs exhalées
Des boutons roses d'églantiers !
La colline en est embaumée !
Éveille-toi, ma bien-aimée,
Allons, viens ! donnons-nous la main ;
Et nous irons sous la feuillée,
Ivres d'amour à la cueillée
Des baisers le long du chemin !
Car ils font oublier les peines,
Ils ont la fraîcheur des troènes
Lorsque dans l'air brûle midi !
Et quand tu seras sur ta couche,
Je les presserai sur ta bouche,
Comme des raisins d'En-Guédi ;
D'En-Guédi, le jardin des treilles,
Où les grappes pendaient, pareilles
A des colliers de perles d'or ;
D'En-Guédi, le jardin mystique,
Où Salomon fit le Cantique
Que nous allons chanter encor !