L'irrésolu

By Maurice Étienne Legrand

Written 1894-01-01 - 1894-01-01

Oh ! tant de fois je suis entré

Dans des cafés du boulevard

Où l'on parcourt d'un œil distrait

Les Illustrés

Ou le journal que dirige Monsieur Hébrard.

Et j'apercevais comme en un lointain les longues files

Des bouteilles, les bouteilles des chers liquides.

Roseurs des roses guignolets,

Et pâleur des absinthes vertes

— C'est trop et cela déconcerte —

Toutes me voulaient, m'appelaient ;

Yeux innombrables fixés sur moi,

Comment me sortir de ce doute :

Moi, je les aurais voulues toutes,

Sur qui donc arrêter mon choix ?

Toutes, toutes ! mais — et mon hygiène ?

Nulle pourtant à qui j'ose causer des peines…

Alors, sans rien entendre, sans rien voir,

Je partais avec un long geste de désespoir,

Sous l'œil courroucé de la demoiselle du comptoir,

Qui range méthodiquement

Les petits morceaux de sucre,

Tout en computant le lucre

De l’établissement.