Lithographies

By Fernand Fleuret

Written 1907-01-01 - 1907-01-01

Ce soir gris est provincial… Je pense à vous,

A vos noms périmés et blonds comme vos coques.

Pompeux comme le cadre où vos airs fins se moquent :

Catherine ou Victoria, je pense à vous !

De l'Oubli, ce Pays où vous êtes allées

En châles indolents, volants et falbalas.

Vieillottes à ravir, ne reviendrez-vous pas

Faire battre le cœur des pendules dorées

Et sourire aux miroirs, dont 1 eau trouble languit ?

Pieusement fidèle au souvenir demeure

La chambre inviolée, d'où vos jupes ont fui,

Et l'horloge détient captive la même heure

Car son frêle regret est de vieillir sans vous…

Vous reviendrez ?

— J'entends cahoter les berlines.

Crier le sable fin et gémir les verroux,

Les chevaux essoufflés s'ébrouer dans la bruine

Où rougeoient les flambeaux du Bon Accueil…

— C'est Vous !

Sonnez harpes d'Irlande aux nuits vertes des housses :

Voici les Mains de Grâce aux gestes musicaux !

O Jocelyn ! voici les Cœurs sentimentaux,

gonflés de tout l'amour bénin de ta voix douce.

Sous la guimpe indienne et les fichus croisés….

— Mais non, ce n'est pas vrai, car vous êtes parties.

Et vous vous éloignez dans le fond du Passé

Comme aux gris veloutés de vos lithographies…

La maison vous conserve un souvenir jaloux.

Vos lauriers et vos buis verdissent les allées.

Et pourtant, n'êtes-vous à jamais en allées ?…

Katie, Kate, ou Victoria, je pense à vous…