L'obstacle
Written 1883-01-01 - 1883-01-01
A quoi bon prodiguer les mots ?
Tous nos Conteurs, pour l'ordinaire,
S'épuisent en avant-propos ;
N'en faisons point, allons droit à l'affaire.
Un Jouvenceau taillé pour plaire,
Après avoir bien soupiré,
Menti, promis et conjuré
(C'est des amants le langage vulgaire),
Parvint près de sa belle au moment désiré :
Il touchoit à son but, quand, par triste aventure,
Sans pouvoir avancer d'un pas,
Il se démène, il souffle, il sue, il jure ;
On peut, je crois jurer en pareil cas.
Disons le fait : Dame Nature
Avoit fermé d'amour la gentille serrure,
Si bien que la clef n'entroit pas.
Certain barreau… mais on m'entend de reste ;
Qu'Amour, jeunes beautés, veuille vous préserverQu'Amour, jeunes beautés, veuille vous préserver
D'un accident aussi funeste !
Ainsi soit-il. Venons à notre Amant :
Le désir de ses sens par l'obstacle s'enflamme.
Il redouble d'efforts, mais inutilement ;
D'amour et de colère il enrage en son âme :
On peut se fourvoyer, quand on marche à tâton.
Son chalumeau, déjà baissant d'un ton,
Dans le sentier voisin… Arrêtons, et pour cause :
Car ce sentier… ma foi, je n'ose
Vous le nommer ; mais je peux, sans qu'on glose,
Dire que sa Vénus ne fut plus qu'un Giton.
A ce nouvel assaut n'étant point préparée,
En vain la belle imperforée
Lui crie : « Arrêtez donc, quel est votre dessein ?
» ‒ Rien de plus simple que la chose, »
Répond le gars ; « chez vous je trouve porte close :
» J'écris mon nom chez le voisin. »