L'odeur allemande
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Pillant, brûlant selon l'usage,
Les Allemands ont passé là,
Et jamais les Huns d'Attila
N'ont mieux fait sentir leur passage
Que ces Badois, Mecklembourgeois,
Hessois, tous noms rimant en ois ;
Ceux qu'on appelle
Silésiens et Poméraniens,
D'autres encor rimant à chiens ;
En un mot toute la séquelle
Par laquelle
La terre et l'air sont corrompus…
Qu'on fasse rougir une pelle
Pour brûler du sucre dessus !…
C'est que les peuplades vassales
Que Guillaume attache à ses pas
D'eau propre ne se servent pas…
Elles sont cruelles mais sales…
Et la punaise entre les draps,
La sueur ignoble des bras,
Dalle à vaisselle,
Gueule d'égout, tas de fumier
Et vieux linges de l'infirmier
N'ont pas une odeur comme celle
Que recèle
Cette engeance aux crânes obtus…
Qu'on fasse rougir une pelle
Pour brûler du sucre dessus !…
C'est une odeur particulière
A cette espèce de bétail :
Je n'entreprends point le travail
De la dépeindre tout entière ;
Villon et Marot, ces Gaulois,
Et maître Rabelais, tous trois,
Dans leur cervelle
Ne trouveraient pas de dicton
Pour définir l'affreux poison ;
Gargantua même et sa fidelle
Gargamelle
N'auraient pas de mots assez crûs…
Qu'on fasse rougir une pelle
Pour brûler du sucre dessus !…
Mais ce qui dans l'ignoble guerre
Au dégoût ajoute l'horreur,
Ce qui nous soulève le cœur
Plus que la puanteur vulgaire
Qu'exhalent ces gueux en passant,
C'est que l'affreuse odeur du sang
Toujours s'y mêle
A l'acre senteur des brasiers,
Débris de villages entiers
Fumants sous leur main criminelle !
Haine éternelle
Aux Allemands qui sont venus !…
Qu'on fasse rougir une pelle
Pour brûler du sucre dessus !…