L'odeur sacrée

By Léon Dierx

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Dans la douceur du soir, pour ravir le rêveur,

Un rayon plus royal octroyé par faveur

Irradie, arrosant l'horizon qu'il irise.

Et la forêt s'embrase au soupir de la brise ;

Et la mare où se mire un troupeau lent et las

S'est moirée à son tour de miroitants éclats.

Et l'ombre est couleur d'ambre et tout s'y recolore.

Pour ravir le rêveur un éclair vient d'éclore

Dans la douceur du soir aux bleus vite éblouis,

Un éclair revenu des jours évanouis !

Sur la rumeur éparse où l'esprit se disperse.

L'écho d'un frais refrain qu'on écoute et qui berce

Met au cœur rajeuni l'ingénu battement

D'autrefois, aux clartés d'un climat plus clément,

Quand l'àme encor crédule a les joyeux coups d'ailes

Et l'essor arrondi d'un essaim d'hirondelles;

Et les frais souvenirs, la savane et le toit

Paternel, tout revit, revient et se revoit.

Une odeur adorable est sur la plaine et plane

En s’affinant dans l’or de l’air plus diaphane,

Odeur sacrée en qui tout vain parfum se fond,

Qui s’exhale on ne sait de quel exil, du fond

De quel ravin boisé rêvant sous les tropiques,

De quelle Ithaque en fleurs des mers aromatiques ?

L’odeur d’El-Dorado qu’a seul un premier sol

Sur ce val apaisé repose un peu son vol,

Pour ravir le rêveur, et dérouler la spire

Des espoirs embaumés que de loin il aspire,

Croyant ouïr les voix de son enfance et voir

Ses clairs matins passer dans la douceur du soir.