L'Oiseau

By Auguste Lacaussade

Written 1839-01-01 - 1839-01-01

L'astre de la nuit s'avance

Dans l'azur pâle des cieux,

Voici l'instant du silence

Dans les bois mystérieux.

La brise du soir effeuille

La fleur éclose au matin,

A mes pieds glisse la feuille

Qu'emporte un souffle incertain.

Au bruit de l'eau sous l'ombrage

Dont la voix chante en coulant,

Au murmure du feuillage

Qu'agite un souffle inconstant ;

Pourquoi mêler une plainte

O triste et charmant oiseau,

Dont je vois l'image empreinte

Dans l'azur de ce ruisseau ?

Dis-moi pourquoi tu soupire

Ces mélodieux accords,

Dont le bruit plaintif expire

Parmi les fleurs de ces bords ?

Appelles-tu ta compagne,

Lui dis-tu que le soleil

Vient de fuir sous la montagne

Et nous invite au sommeil ?

Au doux nid qui vous rassemble

Qui s'oppose à son retour ?

Vous y reveniez ensemble

Au déclin de chaque jour.

Je le vois, seul en ces heures

Où règne la paix des nuits,

Ton cœur s'alarme et tu pleures

Le veuvage et ses ennuis.

Mais si quelquefois une ombre

Aux lieux qui lui furent chers,

Revient avec la nuit sombre,

Au bruit des tristes concerts ;

Errante aux pieds du vieux saule,

Sur les gazons et les fleurs,

Ta compagne se console

Aux doux chants de tes douleurs.

Car une larme qui tombe,

Un secret soupir de deuil,

Vont consoler dans leur tombe

Ceux qu'enferme le cercueil.

Il doit être doux d'entendre,

Dans le calme du trépas,

Une voix plaintive et tendre

Pour nous soupirer tout bas ;

Et de voir, dans cet asyle

Où l'homme est enseveli,

Tandis qu'un monde futile

Sur nous a jeté l'oubli,

Tous ceux dont notre tendresse

Avait captivé les cœurs,

Répandre dans leur tristesse

Des prières et des fleurs !

Quand j'aurai quitté la terre,

Semblable au petit oiseau,

O ma sœur, viens solitaire,

Viens prier sur mon tombeau !