L’orage

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Ô quelle accablante chaleur !

On dirait que le ciel va toucher la montagne.

Vois ce nuage en feu qui rougit la campagne :

Quels éclairs ! quel bruit sourd ! ne t’en va pas ; j’ai peur !

Les cris aigus de l’hirondelle

Annoncent le danger qui règne autour de nous ;

Son amant effrayé la poursuit et l’appelle,

Pauvres petits oiseaux, vous retrouverez-vous ?

Reste, mon bien-aimé ! reste, je t’en conjure ;

Le ciel va s’entr’ouvrir.

De l’orage sans moi tu veux braver l’injure ;

Cruel ! en me quittant, tu me verrais mourir.

Ce nuage embrasé qui promène la foudre,

Vois-tu bien, s’il éclate, on est réduit en poudre !

Encourage mon cœur, il palpite pour toi…

Ta main tremble, Olivier. As-tu peur comme moi ?

Tu t’éloignes ; tu crains un danger que j’ignore :

En est-il un plus grand que d’exposer tes jours ?

Je donnerais pour toi ma vie et nos amours ;

Si j’avais d’autres biens, tu les aurais encore.

En cédant à tes vœux, j’ai trahi mon devoir ;

Mais ne m’en punis pas. Elle est loin, ta chaumière.

Pour nous parler d’amour, tu demandais le soir ;

Eh bien ! pour te sauver, prends la nuit tout entière ;

Mais ne me parle plus de ce cruel amour ;

Je vais l’offrir à Dieu, dans ma tristesse extrême :

C’est en priant pour ce que j’aime

Que j’attendrai le jour.

Sur nos champs inondés tourne un moment la vue.

Réponds ! Malgré mes pleurs veux-tu partir encor ?

Méchant, ne souris plus de me voir trop émue ;

Peut-on ne pas trembler en quittant son trésor ?

Je vais me réunir à ma sœur endormie.

Adieu ! laisse gronder et gémir l’aquilon ;

Quand il aura cessé d’attrister le vallon,

Tu pourras t’éloigner du toit de ton amie.

Mais quel nouveau malheur ! Qu’allons-nous devenir ?

N’entends-tu pas la voix de mon vieux père ?

Ne vois-tu pas une faible lumière ?

De ce côté, Dieu ! s’il allait venir !

Pour une faute, Olivier, que d’alarmes !

Laisse-moi seule au moins supporter son courroux ;

Puis tu viendras embrasser ses genoux,

Quand je l’aurai désarmé par mes larmes.

Non ! la porte entr’ouverte a causé ma frayeur :

On tremble au moindre bruit lorsque l’on est coupable.

Laisse-moi respirer du trouble qui m’accable,

Laisse-moi retrouver mon cœur.

Séparons-nous, je suis trop attendrie ;

Sur ce cœur agité ne pose plus ta main ;

Va ! si le ciel entend ma prière chérie,

Il sera plus calme demain :

Demain, au point du jour, j’irai trouver mon père ;

Sa bonté préviendra mes timides aveux ;

De nos tendres amours pardonnant le mystère,

Il ne t’appellera que pour combler tes vœux.

Déjà le vent rapide emporte le nuage,

La lune nous ramène un doux rayon d’espoir ;

Adieu ! je ne crains plus d’oublier mon devoir,

Ô mon cher Olivier ! j’ai trop peur de l’orage !