L’oraison

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Je reviens à vos pieds, Marie,

Me sauver du malheur d’aimer ;

L’oraison qui m’avait guérie

Ne vaut plus rien pour me calmer.

J’avais oublié de la dire

Le soir qu’Olivier me parla :

Triste, il parle comme on soupire,

Et cette plainte me troubla.

J’en grondai mon âme étonnée.

Vierge des pleurs, vous savez bien

Que je fus trop infortunée

Pour renouer un doux lien !

Et quand cette voix douloureuse

Murmure et se plaint de son sort,

Il faut que je sois bien peureuse

Pour n’oser dire : Parle encor !

Je viens donc essayer d’apprendre

Un secret, vous en avez tant !

Pour qu’il ne puisse me surprendre,

Et qu’il devienne heureux pourtant !

Mais si je dois être guérie,

Sans qu’il y trouve le bonheur,

Il n’est pas d’oraison, Marie,

Que je puisse apprendre par cœur !