L'orgueil

By Léon Dierx

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Monts superbes, dressez vos pics inaccessibles

Sur le cirque brumeux où plongent vos flancs verts !

Métaux, dans le regret des chaleurs impossibles,

Durcissez-vous au fond des volcans entr'ouverts !

— Hérisse, amer orgueil, ta muraille rigide

Sur le cœur que des yeux de femme ont perforé !

Désirs inassouvis, sous cette fière égide,

Mornes, endormez-vous dans le sommeil sacré !

— L'antique orage habite, ô monts ! Dans vos abîmes,

Et prolonge sans fin sous les cèdres vibrants

Les sonores échos de ses éclats sublimes,

Et des troncs fracassés qu'emportent les torrents.

— Orgueil, derrière toi l'amour est là, qui gronde

Toujours, et fait crier l'ombre des rêves morts,

Aux lugubres appels de l'angoisse inféconde

Et des vieux désespoirs perdus dans les remords.

— Sur les ébranlements, les éclairs, les écumes,

Pics songeurs, vous gardez votre sérénité.

Du côté de la plaine, ô monts ! Vierges de brumes,

Vos sommets radieux baignent dans la clarté.

— Sur les déchirements, les sanglots, les rancunes,

Fermez, orgueil, fierté, votre ceinture d'or.

Du côté de la vie aux rumeurs importunes

Reluisez au soleil, et souriez encor !