L'orgueilleux pressentiment
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
Mon génie est en moi, profond et solitaire,
Emplissant ma journée et ma veille nocturne
Comme une flamme dont, vestale taciturne,
J'attise le foyer dans l'ombre et le mystère.
Il est le dieu jaloux, le gardien soucieux
Qui me dit dans mes maux qu'il ne faut pas mourir,
Dans mes tentations qu'il ne faut pas faillir
Et dans mes vanités qu'il faut le servir mieux.
Il est le dieu plus grand et plus beau que moi-même
Dont mon cœur est l'autel, dont mon corps est le temple ;
Mon être, trop étroit pour ce souffle trop ample,
Est las de contenir sa présence suprême.
C'est un dieu qu'on ignore et qui me survivra
Peut-être, ainsi qu'à toi, foule où s'en vont mes pas,
O foule d'aujourd'hui qui ne me connais pas,
Grande brute à qui nul alors de pensera !