L'outrage peut être aussi dans la caresse

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Hélas, les rayons sont des crimes.

Les vils chardons aux lys sublimes

Disent dans l'ombre : c'est assez.

O Dieu, qui seul savez les sources et les causes,

Qu'est-ce donc que les belles choses

Ont fait, que vous les punissez !

Expiation jamais lasse !

Les flots sont une populace

Qui jette.aux caps l'affront amer ;

Les rocs sentent sur eux cracher ces mille bouches ;

Ils ont sur leurs faces farouches

L'âcre salive de la mer.

La fleur radieuse est dans l'herbe ;

C'est un malheur qu'être superbe ;

Sa splendeur déplaît à quelqu'un ;

La limace tyran monte à la rose esclave,

La baise et la souille, et la bave

Est le châtiment du parfum.

Pourquoi, tempête, sans relâche,

Frappes-tu de ton éclair lâche

Le mont dressé dans le brouillard ?

De quel droit, dans l'Éden imitant les chenilles,

Viens-tu-toucher aux jeunes filles,

Lèvre difforme du vieillard ?

Le grand bourreau se nomme Envie,

La longue injure de la vie

S'accomplit à tous les moments.

Dieu, qui n'épargne rien, fait tomber de son aire

Sur les fronts puissants le tonnerre,

Le baiser sur les fronts charmants.