L'urne

By Henri Régnier

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Sépulcre de silence et tombeau de beauté,

La Tristesse conserve en cendres dans son urne

Les grappes de l'automne et les fruits de l'été,

Et c'est ce cher fardeau qui la rend taciturne,

Car sa mémoire encore y retrouve sa vie

Et l'heure disparue avec la saison morte

Et tout ce dont jadis, enivrée et fleurie,

Elle a senti l'odeur féconde, saine et forte ;

Et c'est pourquoi tu vas, en ta sombre jeunesse,

Portant en l'urne d'or les cendres de l'été

Et que je te salue, ô passante, Tristesse,

Sépulcre de silence et tombeau de beauté !