Lyrnessi domus alta, solo laurente sepulcrum

By Victor Hugo

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Livrée à tous les vents qui descendent du pôle,

Mon île est au milieu de la mer, et la Gaule

S'y fait chêne et granit ;

Elle est la grande roche altière et combattante ;

Et le tonnerre y vient comme un roi dans sa tente,

Comme un aigle à son nid.

Jeté là par l'exil, mon vieil ami sévère,

Regardant l'éclair luire aux cieux que je révère

Comme un âpre ataghan,

J'ai souvent fait ce rêve : avoir ma sépulture

Dans cette formidable et farouche nature ;

Dormir dans l'ouragan.

Mais aujourd'hui qu'un souffle inconnu me rapporte

Dans ce Paris qui voit la bataille à sa porte

Et qui se tient debout,

Dans ce Paris où tout frémit, où rien ne tremble,

Qui s'emplit d'une pourpre immense, et qui ressemble

À l'urne où l'airain bout,

Je voudrais bien mourir sur ces remparts célèbres,

Afin qu'un jour je puisse, à travers les ténèbres,

Murmurer : « O guerriers !

J'ai ma haute maison où s'abat la colombe,

Où vient l'aigle, au pays des chênes, et ma tombe

Au pays des lauriers. »