Ma mie annette

By Henri Murger

Written 1861-01-01 - 1861-01-01

Réveillez-vous, ma mie Annette,

Et mettez vos plus beaux habits ;

C'est aujourd'hui grand jour de fête,

Le jour de fête du pays.

La Jacqueline matinale,

En branle dans le vieux clocher,

Sonne la messe patronale

Et nous dit de nous dépêcher.

Allons, ma mie, allons plus vite,

Monsieur le curé nous attend.

Sans nous si la messe était dite,

Le bon Dieu serait mécontent.

Réveillez-vous, ma mie Annette,

Et mettez vos plus beaux habits ;

C'est aujourd'hui grand jour de fête,

Le jour de fête du pays.

Chaque maison est pavoisée

De drapeaux flottants et de fleurs,

Et l'on entend par la croisée

Sortir de joyeuses clameurs :

Ce sont les anciens du village

Qui devisent, autour d'un pot,

Des vieux amours de leur jeune âge

Et de l'homme au petit chapeau.

Réveillez-vous, ma mie Annette,

Et mettez vos plus beaux habits ;

C'est aujourd'hui grand jour de fête,

Le jour de fête du pays.

Après les vêpres et complies,

Bras dessus dessous, nous irons

Nous promener dans les prairies

Et dans les bois des environs ;

Nous reviendrons par la Venelle,

Où neige la fleur des sureaux,

Dont la sauvage odeur se mêle

Avec l'odeur des foins nouveaux.

Réveillez-vous, ma mie Annette,

Et mettez vos plus beaux habits ;

C'est aujourd'hui grand jour de fête,

Le jour de fête du pays.

Comme une outre enflant sa musette,

Ce soir, le vieux ménétrier

Fera, pour terminer la fête,

Danser sous le grand marronnier.

Et, laide ou belle, blonde ou brune,

Qu'il soit laid ou beau, jeune ou vieux,

Pour la faire danser chacune

Saura trouver un amoureux.

Réveillez-vous, ma mie Annette,

Et mettez vos plus beaux habits ;

C'est aujourd'hui grand jour de fête,

Le jour de fête du pays.

Hélas ! Mon dieu, je me rappelle

Que l'an dernier, à la moisson,

Celle qu'en vain ma voix appelle

Chanta sa dernière chanson.

De sa maison quand je l'ai vue

Pour la dernière fois sortir,

Elle était d'un drap blanc vêtue

Et ne devait pas revenir ;

Car ma pauvre petite amie,

Sur un froid et dur oreiller,

Depuis longtemps est endormie

Et ne peut pas se réveiller.