Macte animo…
Written 1870-01-01 - 1870-01-01
Tomber en luttant n'est pas honte,
Surtout luttant un contre trois ;
Relevons-nous ! Canons de fonte,
Défendes nos champs et nos toits !
Non, il ne se peut que la France
Voie un plus long temps son serein
Souillé, sali par la présence
Des envahisseurs d'outre-Rhin !
Impossible que la Lorraine,
Brillant cadeau des jours anciens,
Terre de Jeanne, toujours vaine
De ce grand nom, soit aux Prussiens !
Impossible que notre Alsace,
Sœur par un amour incessant,
Échappe à ton bras qui l'enlace,
O France ! et quitte ton beau flanc !
Impossible que la grand'ville,
Paris, merveille des cités,
Devienne la litière vile
D'un tas de goulags en gaîtés !
Non, non, la France notre mère
Ne subira point ces affronts,
Elle qui coucha sur la terre
Tant de fois l'orgueil des Teutons.
Le vieux sceptre de Charlemagne
N'est pas encore à vous, Germains,
Et vos coups, dans cette campagne,
Ne l'ôteront pas de nos mains !
Valmy, Mayence, faits d'histoire
Pour nous si beaux, si glorieux,
Revenez à notre mémoire,
Ranimez nos fronts valeureux !
Songeons que chacun de nos frères
Fauchés par le plomb ravageur
Au jour à fermé ses paupières
Dans l'espérance d'un vengeur.
Donnons à ces héros des larmes,
Puis, debout, l'esprit raffermi,
Jeunes, vieux, tous, prenons les armes,
Et feu sans fin sur l'ennemi !
Feu de partout, du mont superbe,
Des champs, des bois et des cités,
Que partout poussent comme l'herbe
Des braves aux cœurs indomptés !
Des hommes, des hommes en masse !
Et le Teuton présomptueux,
Du sol souillé par son audace,
S'enfuira comme un loup honteux ;
Et le loup gagnant sa tanière
Se dira : Plus d'illusions !
Entamer la France est chimère ;
Elle a pour enfants des lions.
Et les lions, hors des batailles,
Montreront ce qu'il sont vraiment,
Des êtres fiers, mais pleins d'entrailles,
Amis de tous et n'estimant
Que les biens de la paix féconde,
Et ne voulant sur leur terrain
Que vivre en paix avec le monde
Au pur soleil républicain.