Madrigal

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Oui, monsieur, leurs femelles même

Encouragent ces chenapans,

Moitié tigres, moitié serpents,

Dans leur travail de Polyphême !

Une mère écrit sur ce thême

Que son fils s'est fait une loi

De ne rien épargner ; qu'il sème

La terreur au nom de son roi ;

Qu'il pille, saccage, et… ma foi !

Qu'il y prend un plaisir extrême !

Un plaisir extrême est charmant !

Ce mot seul vaut un long poème ;

Je le savoure lentement ;

Je le trouve à mon gré, je l'aime !

C'est léger comme un compliment,

Et précis comme un théorême.

Je vois ce fils couvert de sang,

Pour qui le meurtre est un système,

Suivi d'un regard caressant

Par celle à qui le Tout-Puissant

Donna la douceur pour emblême !

Tuer, voler… c'est ravissant !

Il y prend un plaisir extrême ! —

Madame, (il faut être poli,

Même devant un tel blasphême),

Tout sera bientôt accompli !

J'entends sonner l'heure suprême

Où votre roi, sous l'anathème

Des vivants, justiciers des morts,

Se courbera tremblant et blême,

Et n'aura plus pour diadême

Que l'épouvante et le remords !

Où sera votre fils, alors ?…

Avant le retour du carême,

Le Rhin va rouler bien des corps !

Il sera notre Sainte-Vehme,

Madame, et ces républicains,

Ces Français, a qui pour baptême

Vous donnez le nom de coquins,

Y prendront un plaisir extrême !