Madrigal

By Maurice Bouchor

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Les royaumes des rois sont grands,

Si grands qu'on peut s'y perdre à l'aise,

Mais ils finissent n'en déplaise

A la fureur des conquérants.

La mer est bien large sans doute

Et bien profonde, mais on peut

En trouver le fond, si l'on veut,

Et même la mesurer toute ;

Là-haut, le grand ciel éclatant

Vers qui l'œil ébloui s'élève

Paraît immense ; mais le rêve

En fait le tour en un instant.

Le rêve ! c'est que la pensée

Est plus vaste que l'univers,

Lorsque sur l'aile d'un beau vers

Elle est éperdûment lancée.

Eh bien ! l'essor est limité

Des plus aventureux génies ;

Il n'est de choses infinies

Que mon amour et ta beauté.