Malédiction
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Parole sur celui qui dégrada la France !
Parce qu'il a trompé la naïve espérance
Que ce peuple avait mise en lui,
Et qu'il l'a saturé de honte et de souffrance,
Quand il lui devait son appui ;
Parce qu'il l'a poussé, faible et chargé d'entraves,
Devant un ennemi si fort,
Que ce peuple guerrier, brave entre les plus braves,
Fut vaincu presque sans effort ;
Parce qu'il attira le massacre sauvage
Sur les populeuses cités,
Et qu'il fit promener la flamme et le ravage
Dans nos sillons partout vantés ;
Parce que, grâce à lui, dans la grande patrie
Le fer tranche un large lambeau,
Et que, dès ce moment, mutilée et meurtrie,
Elle est mûre pour le tombeau ;
Parce qu'il l'a plongée avec indifférence
Si bas dans la honte et l'affront,
Que cette nation, qui s'appelle la France,
Ose à peine lever le front,
Qu'il soit maudit ! Qu'il aille en vagabond sur terre !
Et lui, jadis le chef des preux,
Qu'il suive avec les siens son chemin solitaire,
Objet d'horreur comme un lépreux !
Que sa grande victime, en chacun de ses rêves,
Surgisse, fantôme sanglant,
Entr'ouvre son linceul, et lui montre sans trêves,
Du doigt, sa large plaie au flanc !
Dans ses fastes vengeurs, que l'implacable histoire
Le marque d'un fer rouge au front ;
Et que de l'avenir l'arrêt expiatoire
Le range au dessous de Néron !
Enfin, qu'il lui soit fait comme au doge parjure !
Sur l'image de Faliero
On mit un crêpe, avec cette sanglante injure :
« Mort sous la hache du bourreau ! »
Lui, qu'on mette à son rang parmi les rois de France,
Au lieu de son buste proscrit,
Un drap noir, monument de deuil et de souffrance ;
Et qu'au dessous il soit écrit :
« Napoléon… celui qui dégrada la France ! »