Marbre

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Les bois religieux se taisent ; les oiseaux

Ont quitté la forêt où meurt le bruit des eaux.

Seule en sa nudité de vierge et de guerrière

La déesse de marbre habite la clairière

Et son corps impollu fait de rêve et d'amour

Monte, lys immortel, parmi les fleurs d'un jour.

Ni flûtes de bergers ni chansons de cigales :

Sauf le frissonnement des herbes amicales

Dont le flot souple ondule autour d'elle, nul bruit.

Parfois dans les fourrés un chevreuil brusque fuit

Farouche d'avoir vu briller la chair sans voiles

Et l'arc impérieux tendu vers les étoiles.