Marche normande
Written 1902-01-01 - 1902-01-01
Hors le présent heureux dont mon cœur est épris,
Lorsque je vois tomber les couchants équivoques
Dans la bénignité de ton fleuve, ô Paris !
Il se réveille en moi, ‒ grouillants d'ours et de phoques, ‒
D'agressifs, ancestraux et durs septentrions
Et des barques blessant la Seine de leurs coques.
Et je crie en mon cœur filial, nous crions
Vers tes mille quartiers, tes palais et tes arches,
Et préparons nos poings chargés de horions.
Le vent où chantent clair nos gutturales marches
Hérisse sur nos caps nos cheveux courts et roux,
Et nous espérons fort ensanglante tes marches,
Étant d'un terroir plein de ronces et de houx,
Où saignent largement les aubes boréales
Et dont les hommes sont brutaux comme des loups.
Et, si nous n'avons pas la dorure des hâles
Qu'on prend à la cuisson du soleil des Midis,
Des volontés de fer crispent nos faces pâles ;
C'est pourquoi tu mettras entre nos doigts hardis
La rançon qui fera retourner notre horde
A ses pays, croyance et rude paradis,
Car si nous t'admirons, ville qu'un fleuve borde,
Nous préférons encore à tes lourdes splendeurs,
Contents de son horreur et que son froid nous morde,
Notre neige fatale aux barbares blancheurs !