Marsyas parle

By Henri Régnier

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Tant pis ! Si j'ai vaincu le Dieu. Il l'a voulu !

Salut, terre où longtemps Marsyas a vécu,

Et vous, bois paternels, et vous, ô jeunes eaux,

Près de qui je cueillais la tige du roseau

Où mon haleine tremble, pleure, s'enfle ou court,

Forte ou paisible, aiguë ou rauque, tour à tour,

Telle un sanglot de source ou le bruit du feuillage !

Vous ne reverrez plus se pencher mon visage

Sur votre onde limpide ou se lever mes jeux

Vers la cime au ciel pur de l'arbre harmonieux :

Car le Dieu redoutable a puni le Satyre.

Ma peau velue et douce, au fer qui la déchire,

Va saigner ; Marsyas mourra, mais c'est en vain

Que l'Envieux céleste et le Rival divin

Essaiera sur ma flûte inutile à ses doigts

De retrouver mon souffle et d'apprendre ma voix ;

Et maintenant liez mon corps et, nu, qu'il sorte

De sa peau écorchée et vide, car, qu'importe

Que Marsyas soit mort, puisqu'il sera vivant

Si le pin rouge et vert chante encor dans le vent !