Martyre de l'Honneur
Written 1951-01-01 - 1951-01-01
La lune est pleine, cette nuit.
Peu d'étoiles, mais claires.
Sur les carreaux le givre luit
Imitant des fougères.
Par la persienne des lueurs
De jour baignent la chambre.
Vous passez là, malgré décembre,
Des heures de douceur,
Tandis que, domptant avec peine
Cette angoisse que j'ai,
J'arpente la maison sereine
Sans pouvoir reposer.
Dans le hall l'horloge ancienne
D'heure en heure s'entend.
Il semble que ses coups reviennent
Toujours plus lentement.
Que longue. l'étoile qui tremble.
A faire son chemin !
Quoi ! Toujours là ?… Jamais. il semble,
Ne luira le matin.
Je suis debout à votre porte.
Mon amour, dormez-vous ?
Mon cœur, sous la main que j'y porte,
N'a presque plus de coups.
Froid, froid le vent d'est qui sanglote,
Éloignant peu à peu
La cloche des tours, dont la note
Meurt comme mon adieu.
Sur moi, demain, la flétrissure,
La haine en tous les yeux :
Je porterai les noms honteux
De traître et de parjure.
Mes faux amis ricaneront,
Les vrais me voudront morte.
Les pleurs que mes yeux verseront
Seront d'amère sorte.
Votre race de hors la loi
Malgré sa trace noire
V erra pardonner son histoire
Hormis mon crime à moi.
Car qui donc pardonne à ce crime :
La lâche fausseté ?
Champion de la liberté,
La révolte est sublime ;
Pour certaines haines qu'on a,
Juste est le poignard même.
Mais traître, « traître », ce mot là
Soulève l'anathème.
Plutôt que de perdre l'honneur
Oh ! être déchirée !
J'aime mieux pourtant la curée
Que mentir à mon cœur.
Moi tromper mon cher amour, même
Pour vous garder à moi ?
Non ! L'avenir, preuve suprême,
Vous fera croire en moi.
Je sais, moi, que la juste voie
Est celle que je suis.
Ce devoir dont je suis la proie
M'abîme dans la nuit,
Et que la honte universelle
Me retire l'honneur,
Qu'importe ! Dans mon propre cœur
Je me sais, moi, fidèle.