Maryô

By Jean Moréas

Written 1886-01-01 - 1886-01-01

Auprès de la fenêtre,

Assise à son rouet,

Maryo file la laine

Avec ses doigts fluets.

Maryo file la laine,

La soie et l'or aussi,

Pour faire la ceinture

Du beau klephte Ralli.

— " ne filez pas, la belle,

La soie et l'or ainsi :

Une autre l'infidèle

Va prendre dans son lit.

— Je veux filer la laine,

La soie et l'or aussi ;

Qu'il prenne, l'infidèle,

Une autre dans son lit !

— Proche est la pentecôte,

Maryo, le jour aussi

Où l'infidèle une autre

Va prendre dans son lit. "

Sa mère, sa grand'tante,

Et ses petits neveux,

Et ses trente servantes

Lui peignent ses cheveux.

Pour aller à l'église

On lui met sur le sein

La lune, et sur la bouche

Le rose du matin.

L'évêque est à l'église,

Et les diacres aussi :

Une autre l'infidèle

Va prendre dans son lit.

Maryo part à l'église,

La lune sur le sein,

Et sur sa bouche rose

Le rose du matin.

Et la voilà qu'elle entre

Dans ses habits dorés :

Les diacres et les chantres

Ne savent plus chanter

— " Évêque, mon évêque,

Et vous diacres aussi,

Voilà, voilà ma femme ! "

Dit le klephte Ralli.

" Évêque, mon évêque,

Et vous diacres aussi,

Jamais une autre femme

N'entrera dans mon lit ! "

Auprès de la fenêtre,

Assise à son rouet,

Maryo file la laine

Avec ses doigts fluets.

Maryo file la laine,

La soie et l'or aussi,

Pour faire la ceinture

Du beau klephte Ralli.

— " ne filez pas, la belle,

La soie et l'or ainsi :

Une autre l'infidèle

Va prendre dans son lit.

— Je veux filer la laine,

La soie et l'or aussi ;

Qu'il prenne, l'infidèle,

Une autre dans son lit !

— Proche est la pentecôte,

Maryo, le jour aussi

Où l'infidèle une autre

Va prendre dans son lit. "

Sa mère, sa grand'tante,

Et ses petits neveux,

Et ses trente servantes

Lui peignent ses cheveux.

Pour aller à l'église

On lui met sur le sein

La lune, et sur la bouche

Le rose du matin.

L'évêque est à l'église,

Et les diacres aussi :

Une autre l'infidèle

Va prendre dans son lit.

Maryo part à l'église,

La lune sur le sein,

Et sur sa bouche rose

Le rose du matin.

Et la voilà qu'elle entre

Dans ses habits dorés :

Les diacres et les chantres

Ne savent plus chanter

— " Évêque, mon évêque,

Et vous diacres aussi,

Voilà, voilà ma femme ! "

Dit le klephte Ralli.

" Évêque, mon évêque,

Et vous diacres aussi,

Jamais une autre femme

N'entrera dans mon lit ! "