Médée

By Théodore Banville

Written 1874-01-01 - 1874-01-01

Médée au grand cœur plein d'un amour indompté

Chante avec l'onde obscure, et le fleuve en délire

Où ses longs regards voient les étoiles sourire

Reflète vaguement sa blanche nudité.

Pâle et charmante, près du Phase épouvanté

Elle chante, et la brise errante qu'elle attire,

S'unissant à ses vers avec un bruit de lyre,

Emporte ses cheveux comme un flot de clarté.

Ses yeux brûlants fixés sur le ciel sombre, où flambe

Une lueur sanglante, elle chante. Sa jambe

A des éclairs de neige à travers les gazons.

Elle cueille à l'entour sur la montagne brune

Les plantes dont les sucs formeront des poisons,

Et son jeune sein luit sous les rayons de lune.