Méditation

By Théodore Banville

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

On écrivait naguère, en ces temps romantiques

Où les chants de Ducis étaient des émétiques,

Où, sans pourpoint cinabre, on se voyait banni ;

Où prudhomme, ventru comme une calebasse,

Était jeté vivant dans une contre-basse

Pour avoir contesté les vers de Hernani.

On écrivait, tandis que maintenant on gèle.

Où sont les Antony, les Ruy-Blas, les Angèle,

Et ces jours, morts hélas !

Où Frédérick, faisant revivre Aristophane,

Sous le mépris des sots et la robe d'un âne

Cachait tragaldabas !

On écrivait, au sein de l'antique Bohème

Où le chat de Mimi brillait sur le poëme,

Où Schaunard éperdu, dédaignant tout poncif,

Si quelqu'un devant lui vantait sa pipe blonde,

Lui répondait : " j'en ai pour aller dans le monde

Une plus belle encore, " et devenait pensif.

Aujourd'hui Weill possède un bouchon de carafe,

Arsène a des maisons, Nadar est photographe,

Véron maître-saigneur,

Fournier construit des bricks de papier, et les mâte,

Henri La Madelène a fait du carton-pâte :

Lequel vaut mieux, seigneur ?