Méditation de Prince

By Armand Renaud

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

PARMI les points brillants où le soleil pénètre,

On voit, dans un palais, une haute fenêtre

Près de laquelle, assis sur un siège sculpté.

Le duc Raymond travaille au bien de la cité.

Il prépare un édit pour que sa bonne ville

Paie un impôt nouveau sur les blés et sur l'huile.

La charge sera lourde aux pauvres affamés

Que la peste et la guerre ont déjà décimés ;

Mais palais, œuvres d'art, courtisanes et fêtes

Coûtent cher. Et dût-il sur les mauvaises têtes

Pousser, la pique aux doigts, ses lansquenets du Rhin,

Il ne souffrira pas de résistance au frein

Qu'à la plèbe il a su mettre de sa main forte.

Et son dédain est tel de la liberté morte

Que d'avance, à travers l'émeute qu'il pressent,

Il compte les florins qui sortiront du sang.

Il a grand air avec son teint aux pâleurs mates.

Ses yeux voilés ainsi que ceux des diplomates

Et la sobre splendeur de son costume. Tout

Dans son cabinet sombre excelle par le goût ;

Et, seul, le fil tranchant de ses lèvres pincées

Laisse deviner l'homme aux troublantes pensées.

Qui, devant un tableau tombant en pâmoison,

Sait comment avec grâce on verse du poison.