Mes petites amoureuses

By Arthur Rimbaud

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

Un hydrolat lacrymal lave

Les cieux vert-chou :

Sous l’arbre tendronnier qui bave,

Vos caoutchoucs.

Blancs de lunes particulières

Aux pialats ronds,

Entrechoquez vos genouillères,

Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,

Bleu laideron :

On mangeait des œufs à la coque

Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète,

Blond laideron.

Descends ici que je te fouette

En mon giron ;

J’ai dégueulé ta bandoline

Noir laideron ;

Tu couperais ma mandoline

Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées

Roux laideron,

Infectent encor les tranchées

De ton sein rond !

O mes petites amoureuses,

Que je vous hais !

Plaquez de fouffes douloureuses,

Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines

De sentiment ;

Hop donc soyez-moi ballerines

Pour un moment !…

Vos omoplates se déboîtent,

O mes amours !

Une étoile à vos reins qui boitent

Tournez vos tours.

Et c’est pourtant pour ces éclanches

Que j’ai rimé !

Je voudrais vous casser les hanches

D’avoir aimé !

Fade amas d’étoiles ratées,

Comblez les coins

− Vous creverez en Dieu, bâtées

D’ignobles soins !

Sous les lunes particulières

Aux pialats ronds

Entrechoquez vos genouillères,

Mes laiderons !