Meubles

By Henri Vendel

Written 1945-01-01 - 1945-01-01

N'avouerai-je envers vous mon amour, humbles choses

qui fûtes le parfum de mes jours sans soleil,

l'intime joie, entre les murs, des heures closes,

le songe de l'esprit et l'ange du sommeil :

mes livres, mes tableaux, et la table et l'armoire,

le linge honnête et tel qu'un loyal serviteur,

la coupe où le bon vin devient meilleur à boire,

et tous les éléments d'un modeste bonheur ?

Maintenant que je suis exilé loin de vous

et n'ai plus, comme ceux préférés du Seigneur,

même une pierre; quand, las, dépouillé de tout,

et seul, traqué, j'erre de village en village,

comment ne pas vous évoquer, meubles d'antan,

vous, mes proches objets, si bien à mon image

que nous étions, au calme clair, un peu parents ?