Misère

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Hommes, femmes, vieillards enfin,

Tous ces vains chercheurs de problèmes

Souffrent du froid et de la faim ;

Aussi les petits enfants blêmes.

Le désespoir vient les saisir ;

C'est lui tout seul qui les enseigne,

Et toujours le cruel Désir

Mord leur chair qui pleure et qui saigne.

Ils vivent dans l'oubli hideux,

Sans que jamais rien y fleurisse.

Mais qui donc aura pitié d'eux ?

Misère, la bonne nourrice.

Cet Ange au gosier enroué,

Réchauffant leur lèvre livide,

Met sur eux son châle troué

Et leur tend sa mamelle vide.