Mnazile et Chloé

By André Chénier

Written 1790-01-01 - 1790-01-01

Fleurs, bocage sonore, et mobiles roseaux

Où murmure Zéphyre au murmure des eaux,

Parlez ! le beau Mnazile est-il sous vos ombrages ?

Il visite souvent vos paisibles rivages.

Souvent j'écoute, et l'air qui gémit dans vos bois

A mon oreille au loin vient apporter sa voix.

Onde, mère des fleurs, naïade transparente

Qui pressez mollement cette enceinte odorante,

Amenez-y Chloé, l'amour de mes regards !

Vos bords m'offrent souvent ses vestiges épars.

Souvent ma bouche vient, sous vos sombres allées,

Baiser l'herbe et les fleurs que ses pas ont foulées.

Oh ! s'il pouvait savoir quel amoureux ennui

Me rend cher ce bocage où je rêve de lui !

Peut-être je devrais d'un souris favorable

L'inviter, l'engager à me trouver aimable.

Si, pour m'encourager, quelque dieu bienfaiteur

Lui disait que son nom fait palpiter mon cœur !

J'aurais dû l'inviter, d'une voix douce et tendre,

A se laisser aimer, à m'aimer, à m'entendre.

Ah ! je l'ai vu ; c'est lui. Dieu ! je vais lui parler !

O ma bouche ! ô mes yeux ! gardez de vous troubler.

Le feuillage a frémi. Quelque robe légère…

C'est elle ! ô mes regards ! ayez soin de vous taire.

Quoi ! Mnazile est ici ! Seule, errante, mes pas

Cherchaient ici le frais et ne t'y croyaient pas.

Seul, au bord de ces flots que le tilleul couronne,

J'avais fui le soleil et n'attendais personne.