Moi je le sais

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

Vous le saurez, la vie a des abîmes

Cachés au loin sous d'innombrables fleurs :

Les rossignols qui chantent à leurs cimes,

Où chantent-ils dans la saison des pleurs ?

Vous le saurez, la vie a des abîmes

Cachés au loin sous d'innombrables fleurs.

Oui, la jeunesse est le pays des larmes ;

Moi je le sais : j'en viens. Je pleure encor,

Le front vibrant de ses feux, de ses charmes ;

Le cœur brisé de son dernier accord !

Oui, la jeunesse est le pays des larmes.

Moi je le sais : j'en viens. Je pleure encor !

Lorsqu'on finit d'être jeune, on s'arrête ;

À tant de jours on veut reprendre un jour :

Ils sont partis et l'on penche sa tête.

D'un tel voyage à quand donc le retour ?

Lorsqu'on finit d'être jeune, on s'arrête ;

À tant de jours on veut reprendre un jour !

Souffrant tout bas de ses mille blessures,

On croit mourir : voyez, on ne meurt pas.

De tous serpens Dieu guérit les morsures,

Et le dictame est semé sous nos pas.

Souffrant tout bas de ses mille blessures,

On croit mourir : on plie, on ne meurt pas !

Rappelez-vous ce chant d'une glaneuse,

Qui s'arrêta pour serrer votre main ;

Et si du sort l'étoile lumineuse,

Vous mûrit mieux les épis du chemin,

Rappelez-vous ce chant d'une glaneuse,

Qui s'arrêta pour serrer votre main !