Monna rosa

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Elle est seule au boudoir,

En bandeaux d'or liquide,

En robe d'or fluide,

Sur fond blanc, dans le soir

Teinté d'or vert et noir.

Un pot bleu japonise

Délicieusement

D'où s'élance gaiement

Dans l'atmosphère exquise

Où l'âme s'adonise,

Un flot mélodieux

— Selon le rhythme juste —

De roses, chœur auguste ;

Bouquet mélodieux,

Aux conseils radieux !

Elle, belle comme elles,

Les roses, n'élit plus,

Dans ses cheveux élus,

Qu'une de ces fleurs belles

Comme elle, et de ciseaux

Prestes, tels des oiseaux,

La coupe ou, mieux, la cueille

Avec le soin charmant

D'y laisser joliment

La grâce d'une feuille

Verte comme le soir

Noir et or du boudoir…

Ce pendant que persiste

La splendeur, à côté

Du plumage bleuté,

De l'orgueil qui s'attriste

D'un paon jadis vainqueur

Aux jardins de ce cœur.