Monotonie

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

La maison baigne dans l'été,

Blanche, sentimentale et sage,

Avec un bout de paysage

Au fond des glaces reflété.

Elle a cette fraîcheur ombrée

Que font des stores abaissés,

Et des silences traversés

Par un chant de guêpe dorée.

Son parc, comme dans les albums,

Enchevêtre un feuillage fruste

Et, sur sa terrasse vétuste,

Sont d'éclatants géraniums.

Et quoique la Ville soit proche,

Le bruit en est si peu distinct

Qu'on croit plutôt dans le lointain

Le heurt des vagues sur la roche.

Nous vivons là tout doucement

Avec quelque musique, un livre

A parcourir, un songe à suivre,

Et surtout en nous y aimant,

Pleins de la douce indifférence

Qu'on a quand on se sent heureux

Et qu'on ne rêve rien de mieux

Qu'une aussi paisible existence.