Monselet d'automne

By Théodore Banville

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

L'automne est doux ; adieu, libraires !

L'oiseau chante dans le sillon.

Monselet dit à ses confrères :

" êtes-vous or pur ou billon ? "

L'oiseau chante dans le sillon,

Le ciel dans les vapeurs s'allume.

" êtes-vous or pur ou billon ?

Répondez, soldats de la plume. "

Le ciel dans les vapeurs s'allume :

Ma mie, il faut aller au bois.

" répondez, soldats de la plume,

Ne parlez pas tous à la fois. "

Ma mie, il faut aller au bois,

Là-bas où la brise soupire.

" ne parlez pas tous à la fois :

Lequel de vous est un Shakspere ? "

Là-bas où la brise soupire,

Il fait bon pour les cœurs souffrants :

" lequel de vous est un Shakspere ?

Lequel est Balzac ? Soyez francs. "

Il fait bon pour les cœurs souffrants :

Sur la mousse je veux qu'on m'aime.

" lequel est Balzac ? Soyez francs.

—Balzac ? Dit chacun, c'est moi-même. "

Sur la mousse je veux qu'on m'aime,

De la seule étoile aperçu.

—" Balzac ? Dit chacun, c'est moi-même. "

Monselet rit comme un bossu.

De la seule étoile aperçu,

Qu'un baiser de feu me dévore !

Monselet rit comme un bossu.

Bon biographe, ris encore !

Qu'un baiser de feu me dévore !

Hélas ! Le bonheur est si court !

Bon biographe, ris encore,

On n'entendra plus Mirecourt.

Hélas ! Le bonheur est si court !

Ô désirs vains et téméraires !

On n'entendra plus Mirecourt,

L'automne est doux : adieu, libraires !