Musique confidentielle

By Albert Samain

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Au cartel d'or,

Qui s'endort,

La lyre du pendule à peine se balance.

Sans avirons.

Nous errons,

Au vague, sur le lac enchanté du Silence.

L'accord dernier

Du clavier

Au long des fils vibrants se prolonge et se pâme.

Et d'un remous

Lent et doux

En ondes de langueur s'élargit dans notre âme.

Sur les tapis

Assoupis

Une rose blessée et penchante agonise ;

Et le désir

De mourir

Comme une extase en nous monte et se divinise.

D'ombre noyé.

Déployé,

Comme un dais triomphal, pour des pompes célèbres

Le lit massif,

Dieu pensif.

Médite obscurément nos baisers des ténèbres.

L'air amolli

S'est empli

De ton parfum subtil, obsesseur et complexe.

Philtre ambigu.

Suraigu,

Fleur tiède épanouie au soleil de ton sexe.

Tes yeux mourants.

Transparents,

M'ouvrent les profondeurs des verts mélancoliques,

Et les charbons

Moribonds

Font trembler tout au fond des flammes symboliques.

Je t'aime ainsi

Sans souci

De l'heure disparue, et du mal et des peines ;

Que par nos doigts

Plus étroits

Notre amour se pénètre au plus fin de nos veines.

Restons perdus,

Suspendus

Au-dessus de la terre ironique et brutale,

Sans rien savoir,

Sans rien voir,

Révélés à la Vie Unique et Musicale…

Ne parle pas.

Ou si bas

Que ce soit un secret vaporeux qu'on devine,

Et qui se meurt

Dans le cœur

Comme une haleine d'ange en un duvet d'hermine.