Naples

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

Tout au bout de la mer saphirine qui danse,

Avec son aspect neuf et vieil,

Naples à nos regards montre son élégance

Et sa misère en plein soleil.

Nous irons saluer la Madone barbare

Qui niche dans la puanteur

Et les loques du coin de rue, et la ferveur

Des cierges que le vent effare.

ici, tant de candeur idolâtre à genoux,

De prostitution, de crasse,

Puis ce verbe toujours si câlinement doux

Dans les dents de la populace ;

Là, sous les pins, le rose et'le vert des villas,

Les luxueuses promenades,

Les balcons attentifs au vol des sérénades

Pleines de soupirs et d'hélas.

Richesse et pauvreté dans la même patrie…

Oh ! la perversité des soirs !

Oh ! ces abbés musqués au yeux d'effronterie

Si bien drapés dans leurs plis noirs !

Naples, Naples marine où tant d'azur flamboie,

Guitare au perpétuel chant,

Naples, molle blancheur sur l'horizon méchant,

Ville, ou plutôt fille de joie,

Entends-tu quelquefois la leçon du passé ?

Sens-tu la mort, cité charnelle ?

Comprends-tu, comprends-tu la menace éternelle

De ton bleu Vésuve dressé ?