Naufrage

By Henri Vendel

Written 1945-01-01 - 1945-01-01

Est-ce vous qui m'avez, Seigneur,

de vos douces mains, dépouillé ?

Des candeurs calmes du bonheur

il ne reste, en ces jours brouillés,

que le deuil au fond de moi-même.

Quelle tempête, sur les mers,

dispersa les ombres que j'aime ?

Mes plaies brûlées d'un sel amer,

je suis nu comme un naufragé

qui n'a que son cœur et sa peine,

nu comme un arbre du verger

que l'hiver mordit jusqu'aux veines.

Où sont mes livres et mon chat ?

où les présences bien-aimées,

la joie des rues qui me cacha

la course brève des années ?

Tout a fui. Les plus pauvres gueux,

du moins ont-ils leur part de vent !

Si je vous demande autant qu'eux,

voyez mon âme et son tourment.

Donnez-lui force, liberté,

ou, s'il le faut, la patience

d'un oiseleur et le secret

d'apprivoiser cette souffrance.