Ne viens pas trop tard !

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Sais-tu qu’une part de ma vie

Me manque et retourne vers toi ?

Où la tienne languit sans moi,

Dis, sais-tu qu’elle t’a suivie ?

Pour qui te voit, béni soit Dieu !

Pour qui te perd, bonheur, adieu !

Quand de ta demeure isolée

Tu franchis lentement le seuil,

De moi si ta vie est en deuil,

Crois-tu la mienne consolée ?

Pour qui te voit, béni soit Dieu !

Pour qui te perd, bonheur, adieu !

Le soir, quand ton foyer s’allume,

Dans ses ondoyantes lueurs

Vois-tu, comme à travers des pleurs,

Que mon âme ainsi se consume ?

Pour qui te voit, béni soit Dieu !

Pour qui te perd, bonheur, adieu !

Si quelque étincelle plus vive

Échappe au flambeau vacillant,

Comprends-tu l’avis consolant

Que vers toi ce message arrive ?

Pour qui te voit, béni soit Dieu !

Pour qui te perd, bonheur, adieu !

Le voilà : c’est mon âme entière ;

Accueille-la d’an doux regard ;

Viens aussi… ne viens pas trop tard,

Rendre le jour à ma paupière.

Pour qui te voit, béni soit Dieu !

Pour qui te perd, bonheur, adieu !